1 April 2015 | Mathilde Goursaud
L’Ukraine et la diplomatie


G. Daniel Caron, ambassadeur du Canada en Ukraine de 2008 à 2011 / Photo : Gopinath Jeyabalaratnam - CIRRICQ
G. Daniel Caron, ambassadeur du Canada en Ukraine de 2008 à 2011 / Photo : Gopinath Jeyabalaratnam - CIRRICQ

Le 26 mars 2015, le Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec (CIRRICQ), basé à l’École nationale d’administration publique (ENAP) a organisé une conférence sur l’Ukraine et la diplomatie. Le conférencier était G. Daniel Caron, ambassadeur du Canada en Ukraine de 2008 à 2011, présentement chargé de cours à l’Université Laval. Cette conférence avait pour objectif de mieux comprendre la crise ukrainienne et les raisons qui ont mené à cette situation. La conférence s’est divisée en trois parties : tout d’abord un rappel des évènements depuis 1991 jusqu’en 2013, puis une deuxième partie qui portait sur la période 2013-2015 et une dernière partie sur la situation actuelle.

Depuis les années 1980, la plupart des Ukrainiens ne veulent plus faire partie de l’URSS et souhaitent accéder à l’indépendance. En 1991, un référendum a lieu sur le sujet et c’est le « oui » qui l’emporte à 90 %. L’Ukraine est immédiatement reconnue comme étant indépendante par ses pays voisins comme la Pologne.

Vladimir Poutine arrive au pouvoir en 1999, son objectif : rétablir la puissance de la Russie en dominant ses voisins. En 2004, ce dernier s’immisce dans la campagne présidentielle de Viktor Ianoukovytch, alors Premier ministre ukrainien. À la suite du résultat de la campagne présidentielle, les observateurs internationaux suspectent une fraude électorale. Ainsi débute une contestation populaire qui se transformera en la révolution orange. Celle-ci est soutenu entre autres par le Canada.

Viktor Ianoukovitch accède finalement au pouvoir en 2010, l’Ukraine a donc à la tête de son gouvernement un président pro-russe. En parallèle, la Russie redevient un poids important sur la scène internationale : l’Union européenne (UE) devient dépendante à celle-ci en gaz, la France vend des navires aux Russes et en 2014, les Jeux olympiques d’hiver sont organisés à Sotchi. Le président Poutine déclare que l’Ukraine est un amalgame de territoires, dont une partie du territoire russe, la Crimée. Les instances internationales ne prêtent pas attention à ses discours. Au même moment, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) fait de l’Ukraine un pays partenaire, alors que par le passé elle avait promis à la Russie de ne pas s’étendre vers l’Est.

Fin 2013, le refus du Premier ministre ukrainien à signer un accord concernant un renforcement des liens entre l’UE et l’Ukraine marqua le début la crise ukrainienne. La population commence à se regrouper. Dans un premier temps, les revendications se font de manière pacifique, mais par la suite elles deviendront violentes. Le 22 février 2014 marque le début d’une crise régionale et politique avec la fuite du président ukrainien. La Russie en profite pour s’imposer en Crimée, région russophone de l’Ukraine.

L’invasion de la Crimée par la Russie choque le monde entier. L’Europe et l’OTAN prennent conscience de l’ampleur de la situation décrite par certains comme l’une des crises les plus graves en Europe depuis la Guerre froide. Angela Merkel, François Hollande et Petro Porochenko se sont réunis avec Vladimir Poutine, à Minsk, pour discuter de la guerre civile qui déchire l’Ukraine.

Où en sommes-nous dans la résolution de ce conflit ?
Aujourd’hui, plusieurs chefs d’État se sont engagés dans la discussion en espérant résoudre le problème. Le traité qui concerne le cessez-le-feu est un pas en avant. De plus, ce traité prévoit la tenue d’élections régionales ainsi que de l’aide humanitaire. Toutefois, il reste à faire de nombreux efforts puisque les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ne peuvent toujours pas enquêter sur l’accident d’avion du 17 juillet 2014 et plusieurs luttes de pouvoirs internes en Ukraine empêchent le bon déroulement du processus diplomatique.

En conclusion, G. Daniel Caron souligne le fait que le conflit en Ukraine n’est pas une cause perdue et que nous sommes sur la voie pour que ce pays redevienne un territoire stable. Le retour de ce sujet à l’agenda du conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies (ONU) concernant une possible surveillance internationale dans la région serait une avancée dans la résolution de cette crise.

L’objectif premier étant de rétablir un contexte favorable, les élections régionales sont au centre du processus. Les mois qui suivent sont essentiels pour voir si les accords tiennent puisque pour l’instant nous ne pouvons pas encore prédire sur le bon fonctionnent des accords. De plus, Washington et Bruxelles ne parlent plus de sanctions à imposer à Moscou.

En effet, le Canada et l’Ukraine ont une relation particulière, car une partie de la population canadienne est d’origine ukrainienne (environ 1,2 millions). De plus, les deux pays partagent de nombreux points communs : tous les deux ont une expérience en ce qui concerne le bilinguisme et le multiculturalisme. Ainsi, le Canada possède plusieurs atouts pour entre au premier plan dans la résolution du conflit. Pour cela, la Russie et le Canada doivent rebâtir des relations et aider au renforcement des institutions ukrainiennes. Les relations entre États ne sont pas quelque chose de prévisible vu que personne ne peut prédire les choix politiques des gouvernements. Le progrès diplomatique reste possible dans la région même si les conditions ne sont pas les plus adéquates, a soutenu l’ancien ambassadeur.