25 April 2016 | Michael Delaunay
L’OTAN s’entraîne prés du cercle arctique


Des soldats Norvégiens en exercice durant Cold Response 2016. Armée norvégienne.
Des soldats Norvégiens en exercice durant Cold Response 2016. Armée norvégienne.

Pour la sixième fois depuis 2006, la Norvège a organisé et accueilli sur son sol, l’exercice militaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Cold Response 2016, dans un contexte tendu entre les occidentaux, notamment les pays d’Europe de l’Est et du Nord, et la Russie.

Un exercice multinational d’envergure

L’édition 2016 de l’exercice Cold response, mené dans le cadre du Partenariat Pour la Paix (PPP) de l’OTAN, s’est déroulé dans le centre du pays, à environ 500 kilomètres au Nord de la capitale, Oslo, contrairement aux trois éditions précédentes, où le théâtre d’opération se situait au-dessus du cercle arctique dans le Nord de la Norvège1. Toutefois, même si le théâtre d’opération s’éloigne de l’Arctique, son importance en nombre de soldats engagés en fait un exercice majeur, l’édition 2016 étant la plus importante en nombre de soldats déployés.

Ce sont 15 000 soldats, venus d’une quinzaine de pays2, qui ont participé à cet exercice du 1er au 9 mars dans la province de Trøndelag. L’objectif principal était d’entraîner les forces de l’OTAN à faire la guerre dans un milieu difficile, le centre montagneux et enneigé de la Norvège, avec des températures passant régulièrement en dessous de zéro, pour y tester à la fois les hommes et les équipements tout en mettant à l’épreuve la coopération interalliée au sein de l’Organisation.

À l’occasion de cet exercice, le détachement canadien, qui se composait de 300 soldats provenant du 2éme Groupe-brigade mécanisé du Canada (2 GBMC) et du 3e Bataillon, The Royal Canadian Regiment (3 RCR) de Petawawa3, a pu partager le savoir-faire de l’armée canadienne avec ses alliés concernant les techniques de combat et de survie en climat froid. Ces savoir-faire sont précieux pour ce type d’environnement, comme l’a fait remarquer le Lieutenant Colonel Aleksander Jankov, Porte-parole de l’armée norvégienne : « operating cold weather and snowy conditions may have serious consequences although we are not at war because the environment will kill you if you don’t do the right things4. »

Au-delà du caractère régulier de cet exercice, qui se tient tous les deux ans depuis 2006, il est à noter le nombre important de soldats engagés. Cela pourrait être interprété comme une réponse aux exercices militaires de grande envergure, ainsi qu’à la recrudescence des vols de bombardiers stratégiques, menés par la Russie dans le Grand Nord5.

Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si cet exercice a été crée en 2006, moment où l’Arctique commençait à revenir sur le devant de la scène politique internationale, avec les effets du réchauffement climatique, après une période d’oubli dû à la fin de la Guerre Froide. C’est au début des années 2000 que les pays circumpolaires ont commencé à réinvestir cette zone, la Russie la première, avec le retour de ses forces armées et la rénovation de toute une série de bases aériennes arctiques datant de la guerre froide et abandonnées depuis la fin de celle-ci.

Il faut également noter la participation à l’exercice Cold Response 2016 de plusieurs bombardiers stratégiques B-52 américains, capable de délivrer le feu nucléaire, rendant le déploiement de ce type d’avions très symbolique et porteur d’un message à l’attention des pays voisins. Il pourrait s’agir ici d’une réponse adressée directement aux russes pour les vols de plus en plus fréquents des bombardiers stratégiques Tu-95MS Bear et Tu-22M Backfire. La présence de ces B-52 a d’ailleurs interpellé les médias russes, selon le rédacteur en chef du Barents Observer6, Thomas Nilsen, le site d’information russe Sputnik parlant même d’une simulation d’attaque nucléaire sur la Norvège7, preuve que le déploiement de ce type d’appareils est très surveillé par les pays voisins.

Zone d’opérations de l’exercice Cold Response 2016

L’armée américaine présente en permanence en Norvège

L’armée américaine a déployé pas moins de 3 000 soldats8, dont 2 000 marines de la 2éme Marine Expeditionary Brigade9. Ce seul exercice coûtant aux États-Unis la modique somme de 3,2 millions de dollars10. Toutefois la facture aurait pu être plus élevée sans la présence sur place d’un grand nombre de matériels entreposés par le corps des Marines, depuis la fin de la Guerre Froide, via le programme de pré-positionnement MCCP-N, (Marine Corps Prepositioning Program-Norway).

Pour l’occasion, du matériel lourd a été engagé comme les chars de bataille américains M1A1 Abrams aux côtés des chars Léopard 2 des forces armées norvégiennes, ainsi que les bombardiers stratégiques B-52, envoyés depuis l’Espagne11.

Le programme de prépositionnement des Marines

Ces fameuses « caves », sont un reliquat de la Guerre Froide, construites au tout début des années 1980, faisant suite à la signature d’un accord entre les autorités norvégiennes et américaines, pour entreposer du matériel militaire en cas d’invasion russe en Europe.

Depuis les années 1990 ces installations sont financées pour moitié par la Norvège, qui a pour mission de maintenir en condition opérationnelle les infrastructures ainsi que les matériels, le pays étant désireux de garder cette « assurance » sur son sol alors qu’à la fin de la Guerre Froide l’avenir de ces entrepôts n’était pas acquis.

En 2004, la mission de ces caves a été étendue au soutien des interventions menées dans le monde entier par les Marines et non plus seulement en Europe. Elles sont utilisées afin de réduire les coûts et les délais de déploiements pour les opérations de l’armée américaine hors de son territoire, comme lors de son intervention en Irak en 2003 par exemple12 . Pour cette opération, 6 000 matériels ont été sortis des caves afin d’alimenter l’opération Iraqi Freedom13, faisant descendre le taux de remplissage à 30% en 2005, pour revenir à 70% en septembre 2015. Ces matériels prépositionnés sont également utiles lors des grands exercices de l’OTAN qui se multiplient en Europe. Enfin, ces grottes peuvent servir de réserve de matériel dans le cas d’une attaque sur un pays membre de l’OTAN en Europe.

Aujourd’hui on compte huit entrepôts abritant 6 500 véhicules et toute la logistique nécessaire pour équiper une unité composée de 15 000 marines avec leurs véhicules, allant de la plus petite munition au char de bataille M1A1 Abrams14.

Comme on peut le voir sur la carte ci-dessous, tous ces entrepôts sont situés dans la région de Trondheim en plein centre de la Norvège, à 500 km au Nord de la capitale Oslo et à 700 km au Sud de Bodo, quartier général des forces armées norvégiennes situé au-dessus du cercle Arctique.

Sites de stockage des Marines en Norvège

Localisation des huit sites de stockage15

Cette présence américaine en Norvège et plus largement en Europe via des exercices militaires fréquents menés dans le cadre de l’OTAN16, va dans le sens de la politique de « réassurance »17  mise en place par l’OTAN, principalement à destination des pays d’Europe Centrale et de l’Est. Cette politique vise à réaffirmer le principe de défense collective de l’Alliance, défini dans l’Article 5, afin de rassurer ses membres inquiets de l’attitude de la Russie à leur voisinage, suite à l’annexion de la Crimée.

La coopération circumpolaire menacée ?

Depuis 2014 les pays scandinaves ont cessé toute coopération militaire avec la Russie et ont décidé d’augmenter les budgets alloués à leurs armées, notamment en Norvège et en Suède. Ce dernier pays ayant réduit drastiquement ses forces armées depuis la fin de la Guerre Froide, ses forces professionnelles ne comptant plus qu’à peine 30 000 soldats pour assurer la défense d’un pays de 450 000 km² et de 9,5 millions d’habitants. De plus, l’armée norvégienne estime dans un récent rapport18 que ces augmentations ne sont pas suffisantes pour répondre aux besoins des forces armées en matière de préparation et d’équipement.

En plus de la crise ukrainienne, les pays nordiques ont été poussés dans cette direction depuis plusieurs années par le regain d’activité des forces aériennes russes aux abords des pays occidentaux et notamment des bombardiers stratégiques violant parfois l’espace aérien de certains pays comme la Suède19 ou les pays baltes20. Très récemment plusieurs incidents ont eu lieu à la surface et dans les airs de la mer Baltique entre des navires et aéronefs militaires américains et des aéronefs russes21.

Tous ces événements poussent en particulier la Norvège et la Suède à se rapprocher toujours plus de l’Alliance atlantique par le biais d’exercices militaires plus nombreux et par des accords de coopération. Même la population suédoise qui n’était pas favorable à ce que le pays rejoigne l’Alliance, serait de plus en plus favorable à cette option selon certains sondages. Tout cela n’étant pas du tout du goût de Moscou qui est allée jusqu’à menacer publiquement la Suède et le Danemark si ces deux pays allaient plus en avant dans leurs liens avec l’OTAN.

Il est toutefois à noter que les autorités russes ont été conviées en tant qu’observateurs pour l’exercice Cold Response 2016 22 en vertu du Document de Vienne23, offre qui a été déclinée, les autorités russes préférant exercer leur droit d’inspection durant cet exercice.

Dans le cas où cette crise perdurerait, la coopération circumpolaire habituellement éloignée des tensions des conflits se déroulant en dehors de la zone arctique, ne pourrait-elle pas être affectée par ces tensions et gripper le processus de coopération dans l’Arctique ?

2 Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Lettonie, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Suède.

16 Cold Response (mars 2014), Arctic Thunder (août 2014), Arctic Challenge, (mai 2015), Baltops (juin 2015)…

17 Cette politique de l’OTAN, déjà connue pendant la guerre froide, a été réactivée en juin 2014 par le Président américain Barack Obama suite à l’annexion de la Crimée. Cette politique consiste en des déploiements de troupes des armées de l’OTAN en Europe, d’une multiplication des exercices multinationaux, une assistance militaire aux pays menacés par la Russie, et la mise en place d’une force de réaction rapide renouvelée avec la VJTF (Very High Readiness Joint Task Force)

20 Selon les autorités estoniennes, l’espace aérien du pays a été violé huit fois en 2014 par des avions russes. Source : Le Monde.fr

23 Dispositif mis en place par l’OSCE, il permet aux pays de l’organisation, entre autres dispositions, d’effectuer des inspections et d’assister en tant qu’observateurs aux exercices militaires des pays de l’organisation.

5 December 2014 | Michael Delaunay
Total et le pétrole de l’Arctique


Plate-forme Prirazlomnaya - Gazprom
Plate-forme Prirazlomnaya - Gazprom

     En 2012, deux dirigeants de Total annonçaient que l’entreprise n’explorerait pas et ne forerait pas de pétrole en Arctique, reconnaissant que cela est trop dangereux pour l’environnement mais aussi pour l’image de la société en cas d’accident.

Selon les mots de Patrice de Vives, directeur des opérations du groupe en Europe du Nord, répondant à une interview du journal norvégien Aftenbladet, en marge de l’ONS (Oil and Gas) conférence, qui se tenait en août 2012 à Stavanger en Norvège; There are many places in the world we can drill, and the Arctic is not a place we want to be1.

Peu de temps après, l’ancien Président Directeur Général (PDG) de Total, Christophe de Margerie a confirmé ces propos dans une interview donnée au Financial Times2 en annonçant : Energy companies should not drill for crude oil in Arctic waters because the environmental risks are too high. Oil on Greenland would be a disaster. A leak would do too much damage to the image of the company3.

Toutefois, pour ce qui est du gaz, l’ancien PDG de Total estimait alors qu’il est moins dangereux de l’exploiter, la gestion des fuites étant plus aisée à traiter, cela alors que Total est engagé dans plusieurs projets gaziers dans l’Arctique : Yamal, Termokarstovoye, Shtokman, Kharyaga, Snøhvit avec les sociétés russes Gazprom et Novatek, ainsi que le norvégien Statoil.

Malgré ces déclarations, en avril 20144 on apprenait que Total avait acheté à Gazprom le premier chargement de pétrole provenant de l’océan Arctique5 , produit par la première plate-forme pétrolière arctique russe, Prirazlomnaïa6 . Celle la même que les activistes de Greenpeace avaient prise d’assaut en septembre 2013.

De fait, après cet épisode, la politique de Total concernant l’exploitation du pétrole dans l’océan Arctique est apparue comme étant très contradictoire.

Toutefois, un indice éclairant les intentions de l’entreprise sur ce segment semble s’être glissé dans la présentation de Patrice de Viviès, intervenant lors d’une conférence à l’école militaire à Paris le 12 novembre dernier.

Dans cette conférence, organisée par le CESM (Centre d’Études Supérieures de la Marine) et intitulé L’Arctique, un enjeu global, le représentant de Total avait pour tâche de présenter les activités du groupe en Arctique, lors de la deuxième table ronde : Arctique et communauté internationale.

Dans la diapo intitulée : Total’s activities in conditions of Extreme Cold Over the past 40 years, on aperçoit dans le tableau en haut à droite que Total prévoit de forer du pétrole en Arctique sous une certaine condition :

(Une présentation similaire, sans le tableau, utilisée en février 2014 est disponible à cette adresse)

Reproduction du tableau :

Total’s policy for Arctic operations

– Onshore : Business as usual

– Offshore

  • free of ice all year long : business as usual

  • with icebergs : gas only

  • with permanent ice : no operations
Tout d’abord on constate que selon ce tableau, nous sommes actuellement dans le deuxième scénario, où l’absence de banquise à l’année permet à Total de prendre part à des projets d’exploitation de gaz dans l’arctique russe, comme on a pu le voir précédemment.

Mais surtout, il est donc écrit noir sur blanc que Total envisage de forer et exploiter le pétrole arctique une fois que les glaces auront totalement disparu. Cela constitue une évolution du discours de la part de Total.  Celle-ci souhaite dans l’avenir pouvoir accéder à ces puits de pétrole en plein océan Arctique, si la glace disparaît complètement, alors que la perspective de l’absence totale d’icebergs et de glaces toute l’année dans l’océan Arctique est loin d’être une réalité,

Toutefois, même si la glace disparaît complètement, il n’est pas dit que d’ici là tous les moyens de dépollution nécessaires (les besoins sont gigantesques considérant la zone à couvrir) soient en place, donnant les moyens aux services d’urgence d’agir rapidement et efficacement en cas de catastrophe. Il n’est donc pas assuré que les dangers de forer en Arctique disparaissent avec la fonte complète des derniers icebergs et de la banquise.

Si cette information n’est pas une erreur, cela entre en contradiction avec les déclarations de l’ancien PDG Christophe de Margerie, ainsi que les propres déclarations de l’intervenant. Propos déjà sérieusement remis en cause après l’achat de pétrole provenant d’un puits situé en plein océan Arctique en avril 2014 par Total. La politique du groupe a t-elle donc changée après le remplacement de son ancien PDG ? Ou s’agit-il d’un éclaircissement de la stratégie du groupe ?

Notes

1 Total oil signals reluctance to drill in Arctic, possibly dampening relations to Russia’s Shtokman Field project, Bellona, 29 août 2012, consulté sur : http://bellona.org/news/fossil-fuels/oil/2012-08-total-oil-signals-reluctance-to-drill-in-arctic-possibly-dampening-relations-to-russias-shtokman-field-project

2 Guy Chazan, Total warns against oil drilling in Arctic, 25 septembre 2014, Financial Times, consulté sur : http://minilien.fr/a0nd0w

3 Total chief warns against Arctic drilling: FT, Reuters, 25 septembre 2012, consulté sur :http://www.reuters.com/article/2012/09/25/us-total-arctic-idUSBRE88O1HQ20120925

4 Greenpeace repart à l’assaut du pétrole russe de l’Arctique, AFP, 28 avril 2014, consulté sur http://www.romandie.com/news/Greenpeace-repart-a-lassaut-du-petrole-russe-de-lArctique/472208.rom

5 Jeff Spross, Russian Tanker Carrying First Arctic Offshore Oil Shipment Will Be ‘Escorted’ By Greenpeace Vessel, Climate progress, 28 avril 2014, consulté sur : http://thinkprogress.org/climate/2014/04/28/3431816/greenpeace-protest-russia-arctic-oil/

6 La plate-forme pétrolière Prirazlomnaïa dans l’Arctique, Le courrier de Russie, 20 novembre 2014, consulté sur : http://www.lecourrierderussie.com/2014/11/plateforme-petroliere-prirazlomnaia-arctique/

22 October 2014 | Michael Delaunay
L’Arctique, au menu de nombreuses conférences parisiennes


Operation NUNALIVUT

De retour en France après avoir passé un an au Canada, à Montréal, je me suis rendu à quelques-unes des nombreuses conférences ayant pour thème l’Arctique en cette rentrée 2014 à Paris, soit pas moins de sept en quelques semaines. L’intérêt grandissant pour cette région du monde semble se faire plus présent en France, alors qu’en juillet 2014 le Sénat a publié un rapport d’information intitulé « Arctique : Préoccupations européennes pour un enjeu global », du sénateur André Gattolin, membre de la commission des affaires européennes. De plus, la France publiera mi-2015 sa feuille de route pour l’Arctique, ainsi que l’Union européenne, et Paris accueillera la conférence pour le climat en octobre 2015.

En France, et plus généralement en Europe, le sujet est le plus souvent abordé sous l’angle du réchauffement climatique, de ses effets et de la nécessité de promouvoir une croissance durable dans l’Arctique à laquelle la France et l’Europe veulent participer. La conférence «Peut-on et doit-on sauver l’Arctique ?», qui s’est tenue à Paris dans les locaux de l’ILERI le 25 septembre 2014, ainsi que l’intervention de Michel Rocard lors d’une conférence de la Fondation EDF le 6 octobre, nous permettent d’avoir un aperçu de la pensée et de la position française sur le sujet.

Le réchauffement climatique et ses effets

Les effets du réchauffement climatique sur la faune, la flore et les habitants de ces régions inquiètent beaucoup. Le sujet semble être central dans les études faites en France et en Europe à propos de l’Arctique. Remy Marion, spécialiste de l’étude des ours polaires, a évoqué ces effets sur les populations d’ours polaires. Ces derniers, avec la diminution de la surface de la banquise, voient leur territoire se rétrécir tout comme leur nourriture et donc leurs chances de survie. Pascaline Bourgain, océanographe polaire, a pu constater que les populations humaines vivant dans la zone en pâtissent également. Au Groenland, dans le village d’Ikerasak, les habitants qui vivent encore de la chasse et de la pêche traditionnelles ont pu observer en quelques décennies le recul des glaciers, le rétrécissement de la saison hivernale ainsi que la réduction de l’épaisseur de la banquise.

Gouvernance et coopération circumpolaire

La France, tout comme l’Europe, souhaite peser dans la façon de gouverner l’Arctique. En 2008-2009, la diplomatie française a soutenu la résolution de l’Europe visant à mettre en place un traité de l’Arctique, similaire au traité de l’Antarctique, afin de sanctuariser la région. Toutefois, devant le refus des États circumpolaires rappelant que le Conseil de l’Arctique suffit pour gouverner la région, la France et l’Europe ont fait machine arrière. Pour autant, ce projet de traité ne semble pas avoir été complètement abandonné, en témoignent certaines déclarations faites par l’ambassadeur de France chargé des négociations internationales relatives aux pôles Arctique et Antarctique, Michel Rocard.

Par ailleurs, certains chercheurs français sont sceptiques sur la capacité du Conseil de l’Arctique à imposer des normes aux huit pays circumpolaires, cette organisation étant présentée comme ayant des compétences imprécises, car trop grandes, notamment au sujet de la protection de l’environnement. Ce qui est montré du doigt, c’est le caractère non obligatoire et non juridiquement contraignant des décisions du Conseil, les États choisissant ou non de les appliquer. Enfin, selon Olivier Dobbels, spécialiste des risques juridiques, du fait du différentiel des intérêts géostratégiques des États circumpolaires, la coopération future sera très limitée et vraisemblablement improbable dans la zone, mais que toutefois la guerre est également improbable.

«L’axe France-Groenland»

En France, la région arctique est aussi souvent abordée par le biais de l’Union Européenne (UE) et ses pays arctiques comme la Suède, la Finlande mais surtout le Danemark à travers le Groenland, alors que ce territoire d’outre-mer danois devrait bientôt devenir indépendant et qu’il ne fait plus partie de l’UE. Toutefois, les liens entre l’UE et ce territoire restent nombreux, l’Union continuant de financer de nombreux programmes d’aide sur l’île. L’intérêt français pour le Groenland semble être en grande partie dû à la présence de 600 000 tonnes d’uranium, qui pourraient intéresser des entreprises françaises comme Areva, déjà présente au Canada voisin. Dans cette optique, certains appellent de leurs vœux un «axe stratégique France-Groenland».

Une possible présence militaire française légitime ?

D’aucuns affirment que l’ouverture à l’exploitation des immenses ressources groenlandaises pouvant intéresser la France et ses entreprises, justifierait une présence militaire française dans la zone. Elle serait également légitime puisque la France a un siège d’observateur dans les trois grandes organisations régionales de l’Arctique et qu’elle fait partie de l’OTAN et de l’UE, ce qui, en cas de crise et de par le jeu des alliances, pourrait l’entraîner à intervenir.

Valoriser Saint-Pierre-et-Miquelon et les savoir-faire français

Ces intérêts français sont parfois aussi évoqués par le biais de la possession de Saint-Pierre-et-Miquelon, petit archipel français proche du Canada, qui est considéré par certains comme une tête de pont française à valoriser pour capter un éventuel flux de bateaux entrant et sortant du Passage du Nord-Ouest (PNO).

Un autre argument avancé pour justifier la légitimité d’une présence française en Arctique est le savoir-faire et les compétences reconnues de nombreuses entreprises françaises pouvant prétendre à proposer leurs services dans l’Arctique. Certaines le font déjà, comme Total et Technip dans l’Arctique russe. Mai c’est aussi le cas, comme le note Franck Galland, cet ancien responsable de la sécurité chez Suez Environnement, des entreprises comme Newrest et Catering International Services, spécialisées dans la fourniture de services de Bases-vie dans des conditions extrêmes (notamment pour les plates-formes pétrolières, les mines ou les armées). Ou encore des entreprises spécialisées en environnement, dont les trois grands leaders mondiaux du secteur sont français.

Conclusion

Les intérêts français en Arctique sont pour le moment peu nombreux, car à part dans l’Arctique russe, peu d’entreprises sont actuellement présentes dans la zone. L’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon est mis en avant en tant que port pouvant capter un éventuel flux de navires sortant du PNO, mais ce serait oublier que les ports canadiens et américains de la zone, tels que ceux du Maine, sont en avance et se préparent déjà pour accueillir ce flux. Même si les autorités de Saint-Pierre-et-Miquelon tentent de mettre en place un mécanisme de financement, à hauteur de 300 millions d’euros pour le projet de Grand-Port, la concurrence sera rude et rien n’est acquis.

Pour ce qui est de la gouvernance, le Conseil de l’Arctique est un forum de discussion qui a le mérite d’asseoir tout le monde autour de la table, en évacuant les sujets sensibles que sont la pêche et la défense. Ses groupes de travail font un travail de fond très important, notamment dans le domaine de l’étude de l’environnement arctique. Malgré les nombreuses critiques, il reste l’acteur incontournable de la coopération dans la région et les États arctiques ne semblent pas prêts, dans les conditions actuelles, à accepter une autre instance, encore moins un traité sanctuarisant la zone tel que l’Ambassadeur Michel Rocard espère proposer au vu de ses déclarations.

Mon séjour québécois m’a donné l’occasion de voir l’Arctique à travers les yeux d’un Canadien, ce qui est très important, car les Canadiens ont un fort attachement à cette région arctique (qui constitue, il faut le rappeler, 40% du territoire canadien). Au Canada, certaines déclarations faites en France sur le sujet sont mal reçues par les chercheurs. Cela peut être imputé en grande partie à une méconnaissance de la place prépondérante de l’Arctique au sein de la société canadienne. De plus, à part des invitations occasionnelles de quelques chercheurs canadiens (souvent francophones) dans des colloques, très peu de chercheurs nord-américains, voire aucun, ne sont présents dans les nombreuses conférences à venir et passées. L’occasion de confronter les points de vues et les recherches de chacun est ici manquée.

Pour cela, il serait bénéfique pour tous de multiplier les synergies entre chercheurs, de permettre à chacun de mieux comprendre les enjeux propres à chaque pays, et de pousser plus encore les liens qui existent, notamment entre chercheurs français et canadiens dans un premier temps. L’Arctique est une région où la coopération est ancrée, pourquoi ne pas appliquer ce principe à la recherche en sciences sociales.

Michael Delaunay
Chercheur à l’OPSA (Observatoire de la politique et la sécurité de l’Arctique), ENAP, Montréal, QC, Canada
Doctorant à l’UVSQ (Université de Versailles-Saint-Quentin)

Aperçu des conférences ayant pour thème l’Arctique et qui se sont tenues en France en 2014 (liste non exhaustive) :

Conférence à l’ambassade du Canada : l’Arctique et la science, 12 février 2014
Colloque à La Cité des sciences et de l’industrie : Quel avenir pour l’ours polaire, 28 mars 2014 – Colloque au Palais du Luxembourg : Quel avenir pour l’Arctique ?, 3 avril 2014
Colloque “Connaissance et Compréhension des Risques Côtiers: Aléas, Enjeux, Représentations, Gestion”, 3-4 juillet 2014
Conférence de l’Institut océanographique, L’Arctique face au changement climatique, 10 septembre 2014

Un autre compte-rendu de la conférence «Peut-on et doit-on sauver l’Arctique ?», du 25 septembre 2014, est disponible ici.

18 March 2014 | Michael Delaunay
La crise ukrainienne peut-elle influencer la coopération dans l’Arctique ?


Bombardiers russes TU95 BEAR - Ministère de la défense russe
Bombardiers russes TU95 BEAR - Ministère de la défense russe

Alors que la prochaine rencontre du Conseil de l’Arctique se tiendra au Canada, du 25 au 27 mars à Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest), réunissant les 8 pays circumpolaires dont les Etats-Unis, le Canada et la Russie, la crise ukrainienne en cours pourrait avoir des effets sur les relations et les négociations en cours et à venir entre la Russie et les autres pays membres du Conseil de l’Arctique(1). 

De possibles effets sur les relations commerciales

Les Etats-Unis ont décrété une série de sanctions dont le gel de capitaux appartenant à des responsables russes et la délivrance de visas à certains citoyens russes. L’Union Européenne (UE) a elle décidé de stopper les négociations en cours avec la Russie à propos des visas UE-Russie, ainsi que de geler les avoirs de certains ressortissants russes et menace d’appliquer d’autres sanctions, tout comme les Etats-Unis, après les résultats du référendum sur le rattachement de la Crimée à la Russie qui s’est tenu le 16 mars.

En réaction aux sanctions des pays occidentaux, la Fédération de Russie a menacé de geler à son tour les avoirs des sociétés occidentales en Russie, dans le cas où les sanctions étasuniennes et européennes seraient effectivement mises en oeuvre. Toutefois cette mesure risque de causer plus de tort à la Russie qu’aux entreprises occidentales concernées.

En effet, le pays s’est engagé dans une course à l’exploitation des ressources présentes sur son territoire et au large de ses côtes arctiques. Pour mener à bien ces projets, elle a besoin de l’expertise des sociétés occidentales telles que Statoil, Total et Technip.

Les entreprises françaises Total et Technip sont engagées dans le développement du champs gazier Yamal(2) avec la société russe Novatek(3). Par ailleurs, Total et Novatek développent ensemble un autre projet d’exploitation de champ gazier dans le district autonome de Iamalo-Nenetsie (Nord), à Termokarstovoye. De plus, l’entreprise pétrolière d’État norvégienne Statoil est engagée avec Total dans le projet d’exploitation du champs gazier Chtokman(4).

Geler les avoirs de ces entreprises ne ferait que priver les société russes du savoir-faire et des technologies nécessaires et ainsi retarder la mise en exploitation de ces champs d’hydrocarbures, dont la Russie a pourtant bien besoin pour financer, entre autre, ses investissements dans son économie et dans la défense, et en premier lieu pour la modernisation de la Flotte du Nord.

Des effets à moyen et long terme sur les négociations au sein du Conseil de l’Arctique ?

Alors que les accords et négociations entre les pays de la région Arctique, restent assez éloignés et peu influencées par les grands désaccords qui animent la Russie et les Etats-Unis et de manière plus large les Occidentaux et la Russie, il semble pour le moment peu probable que la crise de Crimée empêche les pays du Conseil de l’Arctique de continuer leurs négociations sereinement.

Toutefois, comme l’a signalé le Premier ministre islandais Sigmundur Gunnlaugsson, alors en visite au Canada à Edmonton(5) le 7 mars : « Clearly, it has made many players in the Arctic quite worried about developments and whether they might be a sign of what is to come. »

Sigmundur Gunnlaugsson poursuit en affirmant que l’envoi de troupes russes en Crimée, et donc l’utilisation de la force armée, pourrait affecter les négociations qui se tiennent au sein du Conseil de l’Arctique en faisant planer un climat de méfiance à l’égard des autorités russes. Cela pourrait impacter, selon le Premier ministre islandais, la signature d’accords portant sur l’environnement et le développement économique de la région Arctique : « It makes other governments more worried about what might happen in the future, so it creates a sense of insecurity and maybe lack of trust. If what we see in Ukraine turns out to be an exception and Russia goes back to friendly relations with its neighbours, then it shouldn’t have an effect. […] But if it is a sign of what it to come, it is quite worrying

Cette façon d’agir, de manière unilatérale, pourrait crisper les relations et les négociations entre la Russie et les sept autres pays du conseil de l’Arctique. La méfiance de ces pays à l’égard de la Russie pourrait ralentir la conclusion d’accords importants pour la région en terme d’environnement, de sécurité maritime, d’exploitation des ressources et de développement économique de la région Arctique.

Selon Rob Huebert, Professeur associé au Centre for Military and Strategic Studies de l’Université de Calgary, la Finlande et la Suède apparaissent « nerveuses » suite aux événements de Crimée dans laquelle la Russie est impliquée.

Jusqu’ici, les accords et négociations menés au sein du Conseil de l’Arctique ont été peu influencés par les désaccords des pays circumpolaires dans d’autres régions du monde, notamment par ce que la dimension militaire a été exclu des compétences du Conseil de l’Arctique mais aussi par ce que depuis 1996 une tradition de coopération forte existe dans la région Arctique. Cela peut-il changer avec cette crise ukrainienne ?

Des effets immédiats sur la coopération militaire

L’un des effets immédiats de cette crise dans la zone Arctique est l’arrêt de la coopération militaire entre les Etats-Unis, le Canada et la Russie. En effet, Chuck Hagel, le secrétaire à la Défense américain a ordonné l’arrêt de la coopération militaire avec la Russie.  Le Canada en a fait de même et a renvoyé en Russie tous les militaires russes présents sur son sol dans le cadre d’échanges.

L’exercice naval militaire Northern Eagle, impliquant la Russie, les Etats-Unis et la Norvège, supposé se tenir en mai 2014 en mer de Barents et dans les eaux norvégiennes est pour le moment fortement compromis d’après un responsable de la défense norvégien. L’exercice naval annuel FRUKUS, qui devait réunir la France, les Etats-Unis, la Russie et le Royaume Uni en avril 2014, est également menacé d’annulation. Il est à noter que ce dernier est l’exercice naval international le plus important auquel la Flotte du Nord russe n’ait jamais participé.

La France a quant à elle déclaré qu’elle étudiait l’option de sanctions en matière de coopération militaire avec la Russie alors qu’au début du mois de mars les chantiers Naval de Saint-Nazaire ont lancé la campagne d’essais en mer du BPC Vladivostock, un des deux Bateau de Projection et de Commandement acheté par la Russie à la France pour 1,2 milliards d’Euros.

Côté russe, le ministère russe de la défense a annoncé le 8 mars son intention d’interdire aux inspecteurs étrangers du désarmement nucléaire, qui opèrent dans le cadre du traité START(6), d’accéder aux sites nucléaires russes et notamment ceux situés dans l’Arctique russe dans la région de Mourmanksk à Gadzhievo, ainsi qu’à Severomorsk et dans toute la péninsule de Kola, terrain de jeu des sous-marins nucléaires soviétiques.

Enfin, hasard du calendrier, du 7 au 22 mars se tient en Norvège l’exercice de l’OTAN Cold Response, il réunit pas moins de 16 000 soldats de 16 pays occidentaux dont la Norvège, les Etats-Unis, le Canada, la France et la Suède. L’exercice qui se déroule au dessus du cercle polaire dans tout le nord de la Norvège, près des frontières suédoises et finlandaises, non loin de la frontière russe, a pour but d’entraîner les armées de l’OTAN au combat en conditions hivernales et aux manœuvres inter-armées.

Des mouvements de troupes et des annonces à but dissuasifs ?

Les annonces concernant le réinvestissement de l’Arctique par les forces armées russes sont devenues habituelles, toutefois en pleine crise entre l’Occident et la Russie, cela peut attirer davantage l’attention des décideurs politiques.

Les autorités russes ont annoncé il y a quelques jours vouloir rouvrir la base d’Alakourtti (Nord-Ouest), située à 70 km de la frontière finlandaise, et y installer un régiment de guerre électronique. Cette unité composée de 3 000 hommes, est spécialisée dans l’interception des communications afin de surveiller « l’Otan et d’autres pays. Il s’agit plutôt d’une protection renforcée de la flotte Arctique. Mourmansk et Severodvinsk sont stratégiquement importantes pour la Russie »(7) Il s’agirait également de contrôler les mouvements des aéronefs dans l’Arctique et notamment aux alentours de la Route Maritime du Nord, aussi appelée passage du Nord-Est.

Depuis quelques jours, dans le cadre d’un exercice militaire de grande ampleur dans la région Arctique russe, la 98éme division de la Garde s’est déployée sur l’île de Kotelny (Nord-Est) dans l’archipel de Novossibirsk située en plein dans le passage du Nord-Est. Durant cet exercice, 350 parachutistes ont été largués sur l’île, depuis l’aérodrome de Tiksi (situé sur le continent), pour simuler une attaque sur l’aérodrome de Temp(8). Au total ce sont près de 3 5000 parachutistes qui ont été largués dans la région depuis quelques jours. Cet exercice ne semble pas avoir été programmé avant la crise ukrainienne, comme les mouvements de troupes qui ont eu lieu à la frontière russo-ukrainienne.

Ces annonces et ces exercices militaire sont organisés alors que le 9 mars, le vice-premier ministre Dmitri Rogozin(9) a posté le message suivant sur son compte Facebook : « After the overt threats by the United States and NATO nobody will doubt the necessity of rearming our army and fleet and of reviving our defense industry and military science.»

De vieux réflexes de la guerre froide semblent resurgir à l’occasion de cette crise ukrainienne, où « l’Occident impérialiste » menée par les Etats-Unis s’oppose à la Fédération de Russie, ex-empire soviétique.

Par ailleurs, les Etats-Unis ont renforcé leur soutien aux pays baltes par l’envoi d’avions F-15 supplémentaires et l’OTAN(10) a annoncé le 10 mars l’envoi en Pologne et en Roumanie d’avions de surveillance aérienne E-3 AWACS afin de surveiller les mouvements d’aéronefs dans la région.

CONCLUSION

Les effets de cette crise, si elle dure, risquent de se faire sentir jusque sur le toit du monde, en plein océan Arctique. Jusqu’à maintenant le Conseil de l’Arctique a fonctionné loin des désaccords internationaux qui existent entre les 8 pays circumpolaires. La réunion de Yellowknife fin mars sera un test afin de jauger les réactions des différents pays suite à la crise ukrainienne.

Les tensions pourraient également êtres plus vives encore, à l’occasion du dépôt de la demande d’extension de la ZEE russe à 350 miles marins, qui doit être faite sous peu, elle vise à revendiquer, comme le Canada, une zone allant jusqu’au Pôle Nord.

Ce qui est sur c’est que Vladimir Poutine ne semble pas vouloir lâcher la Crimée alors que le président russe a signé le 18 mars un décret reconnaissant l’indépendance de la Crimée et a demandé à la Douma (Parlement russe) d’étudier la demande de rattachement à la Russie de cette dernière.

 

1 A savoir : Les Etats-Unis, le Canada, le Danemark, l’Islande, Finlande, la Suède et la Norvège.

2 Le projet d’exploitation du champs gazier Yamal est l’un des plus importants au monde, avec des réserves estimées à cinq milliards de barils équivalent-pétrole. Ce projet, représente près de 20 milliards d’euros en investissements d’infrastructures. La société Yamal LNG, crée pour développer ce projet est déténue à hauteur de 20% par Total et 80% par Novatek.

3 Deuxième plus grosse compagnie russe dans le secteur des hydrocarbures après Gazprom.

4 Le projet d’exploitation est toutefois à l’arrêt depuis 2012.

5 Le Premier ministre islandais était en visite commerciale afin d’inaugurer le développement des liaisons aériennes entre Edmonton et la capitale islandaise Reyjavik.

6 START est un traité signé entre les Etats-Unis et la Russie en 2010, il prévoit la réduction des deux parties du nombre de leurs têtes nucléaires à l’horizon 2021, ainsi que 18 inspections de contrôle du désarmement nucléaire dans chacun des pays par an, sur des sites militaire.

7 Ria Novosti, déclaration du président de l’Institut russe des évaluations stratégiques Alexandre Konovalov

8 Cet aérodrome situé sur l’île de Kotelny fait partie des anciennes bases de l’époque soviétique en cours de réactivation tout le long de la Route Maritime du Nord.

9 Dmitri Rogozin est l’une des personnalités politiques proche de Vladimir Poutine visée par des sanctions étasuniennes portant les Visas et les avoirs financiers.

10 Dans le cadre de la mission de l’OTAN qui assure la police du ciel des trois Etats baltes

12 February 2014 | Michael Delaunay
La Finlande modernise sa cavalerie blindée


Ministére de la Défense finlandais - Chars Leopard 2A4
Ministére de la Défense finlandais - Chars Leopard 2A4

100 nouveaux chars de bataille

Le 17 janvier 2014, le ministre finlandais de la Défense, Carl Haglund, a donné son accord à l’achat de 100 chars Leopard 2A6 d’occasions auprès des Pays-Bas, après une période de négociations débuté en décembre 2013. La facture totale s’élève à 200 millions d’euros, soit 274 millions de dollars US. Cet achat devrait permettre à l’arme blindée finlandaise d’être opérationnelle au moins jusque dans les années 2030.

Les livraisons seront étalées sur quatre ans, de 2015 à 2019 et le contrat inclut la fourniture des munitions et des pièces de rechange pour une période de 10 ans.

Le contrat inclut également une formation des personnels ainsi que la livraison des équipements logistiques, des simulateurs, des outils spéciaux ainsi que des équipements d’essais.

La version 2A6 du char allemand offre une meilleure protection ainsi qu’une puissance de feu et un système de tir améliorés comparativement au modèle précédent, le 2A4, qui équipe la cavalerie finlandaise à hauteur de 139 exemplaires et qui sera progressivement remplacé.

Les Leopard 2A4 ont été achetés d’occasions en 2002 à l’Allemagne. Une fois leur potentiel opérationnel complètement épuisé, ces derniers serviront de réserve de pièces détachées et de véhicules d’entrainement. Avant l’acquisition des Leopard 2A4, la cavalerie finlandaise était équipé de 160 T-72M1, achetés à l’Union soviétique dans les années 1980, ainsi que d’un certain nombre de T-55 soviétiques.

Par ailleurs, 80 des 100 chars seront livrés en configuration de stockage puisqu’il s’agit de chars mis sous cocon par l’armée hollandaise en 2011.

Les “Leopard” de l’armée hollandaise 

L’armée hollandaise a mis en service près de 450 chars Leopard 2 depuis le début des années 1980. Une grosse partie a ensuite été vendue à l’Autriche, au Portugal à la Norvège et au Canada(1).

C’est en 2011 que la totalité des chars Loepard 2 restants ont été mis sous cocons afin de réaliser des économies sur le budget de la défense afin de réduire le déficit public.

Ce sont donc 188 chars Leopard qui ont été mis en vente. Des négociations ont eu lieu avec l’Indonésie et le Pérou, mais pour des raisons de respects de droit l’homme, entre autres, ces négociations n’ont pas abouti.

Les coupures dans le budget de défense finlandais

Dans un contexte de coupes budgétaires généralisées dans la plus grande partie des pays occidentaux, les autorités finlandaises ont fait le choix d’acheter d’occasion des chars d’un standard plus élevé que leurs Leopard 2A4. Un Leopard 2A6 neuf vaut 10 millions d’euros, la mise au standard 2A6 des 2A4 est évaluée à 5 millions d’euros par blindé, alors que ce contrat permet au ministère de la Défense finlandais d’acheter 100 chars à 2 millions d’euros l’unité. Il est à noter que ces derniers ont été rétrofités au standard 2A6 par l’armée hollandaise dans le milieu des années 2000.

Les effets de la crise financière de 2008 se font ressentir de plus en plus durement en Europe et les budgets militaires ne cessent de baisser ainsi que le volume des forces armées. L’armée finlandaise n’y échappe pas et risque de se retrouver dans une position très délicate si son budget continue d’être coupé.

Le ministre de la défense finlandais, Carl Haglund, a même déclaré que “Si les niveaux du budget de la défense restent en l’état, dans les années 2020, les forces armées ne seraient plus en mesure de défendre toute la Finlande(2)”

Ce qui a été également relevé par un rapport parlementaire en date de décembre 2012, intitulé Security And Defense Policy, qui concluait que si les dépenses militaires n’étaient pas augmentées après 2016 la capacité de l’armée finlandaise à protéger tout le territoire national serait altérée. Actuellement, le budget de la défense finlandais s’élève à 2,8 milliards d’euros (3,82 milliards de dollars US), soit à peine 1,5% du PIB (GDP), un des taux les plus bas de l’Union européenne.

Carl Haglund a ajouté, que pour maintenir les capacités de défense des armées finlandaises, il faudrait injecter 50 millions d’euros (soit 68,5 millions de dollars US) en 2016, puis 150 millions d’euros par an d’ici à 2020.

La coopération des pays nordiques en matière de défense

Pour plusieurs raisons et notamment du fait de leurs liens historiques, les pays nordiques ont noué de nombreux partenariats de défense(3). Ce qui se traduit souvent, mais pas systématiquement, par des achats d’équipements similaires, comme pour le char Leopard qui équipe les armées finlandaise, norvégienne et suédoise. Cela peut également se traduire par des achats d’équipements neufs ou d’occasions entre pays nordiques, comme en décembre 2013, lorsque la Norvège a acquis auprès du Danemark plusieurs lances roquettes multiples M270 (MLRS) pour sept millions de dollars. Ou encore, une coopération dans le domaine de la surveillance aérienne entre la Finlande, la Norvège et la Suède, et la liste ne s’arrête pas là.

Les liens historiques mais aussi et surtout la baisse des budgets militaire, ainsi que l’augmentation exponentielle des prix des équipements militaires modernes, poussent les pays nordiques à accentuer leur coopération militaire par la mutualisation des coûts d’entretien ou de formation par exemple. En 2010, lors d’une rencontre des ministres des affaires étrangères nordiques(4), dans le cadre du conseil Nordique, le ministre norvégien Jonas Gahr Store a déclaré que “Dans dix ou quinze ans, il est vraisemblable que nos pays n’auront plus de systèmes de défense distincts : c’est trop cher et ce n’est pas avisé(5)”. En juin 2008, les chefs d’Etats-major finlandais, norvégiens et suédois ont publié un rapport mettant l’accent sur le besoin de mutualiser leurs dépenses afin d’en améliorer le rendement; et enfin en février 2009 le « Rapport Stoltenberg(6)» a enfoncé le clou en rappelant la nécessité d’une coopération militaire nordique(7).

Pour éviter un déclassement et la perte de la capacité à défendre leurs pays, les nations nordiques multiplient les synergies au niveau militaire. Eero Heinäluoma, le porte-parole de l’Eduskunta (assemblée nationale finlandaise) a déclaré que quand la question du remplacement de la soixantaine d’avions F/A-18 Super Hornet(8) va se poser après 2020, il faudrait penser à un partenariat avec la Suède pour obtenir le meilleur rapport coûts/efficacité possible avec le nouveau chasseur suédois Grippen. Cela permettrait de partager les coûts de la maintenance et de la formation entre les deux pays qui pourraient être rejoint par le Danemark.

 

Michael Delaunay

Chercheur à l’OPSA (Observatoire de la Politique et la Sécurité de l’Arctique)

 

1 En 2007, le Canada a également acheté auprès des Pays-Bas 100 chars Leopard 2A4 et 2A6 pour un montant de 650 millions de dollars en remplacement des Leopard 1 achetés à la fin des années 1970.

3 Dont le « Nordic Defence Cooperation » signé le 5 novembre 2009 par les ministres de la Défense nordiques.

4 Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède

6 Ce rapport fait 13 propositions, dont quatre sont directement liées à l’Arctique et les autres en grande partie également reliés à ce théâtre.

8 Avion d’origine américaine fabriqué par l’entreprise McDonnell Douglas