27 February 2015 | Thomas Casaux
Il y a 50 ans, le Québec signait sa première entente internationale


Drapeau de la France / Crédit : iStock Photo
Drapeau de la France / Crédit : iStock Photo

Par Thomas Casaux, chargé de projets au GERIQ

C’était le 27 février 1965. Le ministre québécois de l’éducation, Paul Gérin-Lajoie, et le ministre français de l’Education nationale, Christian Fouchet, signent une entente sur un programme d’échanges et de coopération dans le domaine de l’éducation. C’est une première pour le Québec. En effet c’est la première fois que la province québécoise signe une entente internationale d’elle-même, sans la participation du gouvernement fédéral dans les négociations. Pour ne pas créer d’incident diplomatique, Paris et Ottawa ratifient le jour même l’entente entre le Québec et la France.

L’objectif de cet accord est de favoriser l’échange de chercheurs et de professeurs d’université et la collaboration  dans l’élaboration de programmes scolaires. L’entente vise également promouvoir les échanges étudiants et la mise en place d’équivalences de diplômes. Après l’ouverture d’une Maison du Québec à Paris en 1961, – qui deviendra la délégation générale du Québec à Paris en 1965 – cette entente est une étape supplémentaire dans l’établissement de relations solides entre le Québec et la France. Une commission franco-québécoise est mise sur pied pour la mise en œuvre du programme.

L’éducation est un des domaines phare de la coopération franco-québécoise. L’entente de 1965 en appellera d’autres, notamment celle signée en 1978. Cette dernière permet aux étudiants français de payer les mêmes droits que les étudiants québécois. Entente remise en cause par le gouvernement de Philippe Couillard. Le 12 février dernier la France et le Québec ont annoncé la signature d’un nouvel accord qui revient en parti sur le contenu de l’entente de 1978.

On espère que le Premier ministre Philippe Couillard et la délégation québécoise devant de rendre à Paris du 2 au 6 mars prochain, dans le cadre des rencontres alternées, vont s’inspirer de l’esprit qui anima les premiers temps de la relation entre la France et Québec. Rien n’est jamais acquis.

Lien vers le texte de l’entente :

https://www.mrif.gouv.qc.ca/content/documents/fr/ententes/1965-01.pdf

20 February 2015 | Thomas Casaux
Quel futur pour la Francophonie ? Portrait de l’OIF par Clément Duhaime


Crédits : OIF
Crédits : OIF

Par Thomas Casaux, chargé de projets au GERIQ.

Le 17 févier, Clément Duhaime, Administrateur de l’Organisation Internationale de la Francophonie ( OIF ), était l’invité du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).

Québécois, originaire de Trois-Rivières, Clément Duhaime a été nommé Administrateur de l’OIF en 2006. Avec la nomination de Michaelle Jean au poste de secrétaire générale l’OIF le 30 novembre 2014, deux Québécois occupent les plus hautes fonctions de l’organisation.

Au cours de son intervention intitulée «  La Francophonie face aux mutations du monde  », Monsieur Duhaime a dressé un portrait sans concession de la place qu’occupe la Francophonie dans le monde. Ce fut également l’occasion d’évoquer les enjeux du présent et du futur. Eclairant.

La Francophonie face aux mutations du monde

Des propres mots de Clément Duhaime, l’OIF est aujourd’hui « un espace de contrastes ». Née d’une initiative africaine en 1970 et regroupant à l’origine vingt pays, l’OIF compte aujourd’hui près de 57 membres. Avec  deux pays membres du G8 ( la France et le Canada ), des pays parmi les moins avancés du monde, de petits pays insulaires mais également des pays vastes et densément peuplé comme la République Démocratique du Congo, la diversité prime.

Avec 275 millions de francophones, le français est la 5ème langue parlée au monde. Elle est la 2eme langue la plus apprise et fait office de 3eme langue d’affaires. Comme un héritage du passé, le français est aussi la langue officielle de la plupart des organisations internationales. Ces chiffres montrent la vitalité du français aujourd’hui. La Francophonie compte en son sein pas moins de 800 universités ( dont la surprenante université francophone Senghor d’Alexandrie ), 150 maires de grandes métropoles ou encore un réseau télévisé ( TV5 monde ).

Il est cependant nécessaire de s’interroger sur les perspectives futures de la Francophonie dans le monde. L’Afrique étant le cœur de la Francophonie, c’est sur le continent africain que va se jouer en parti le futur de la langue française.

L’OIF est fondée sur un trait culturel commun : la langue française, « langue de partage » pour Monsieur Duhaime. On pourrait légitiment se demander s’il est pertinent de structurer la pensée et un espace public sur un critère linguistique. Les défenseurs de la Francophonie vous répondront surement que « la langue française est un gage de préservation de la diversité linguistique et culturelle ».  Parler le français à l’heure de la mondialisation serait donc « un choix politique et engagé ». Il ne s’agit pas ici d’un réflexe de repli identitaire, bien au contraire. Au moment où le monde et l’actualité internationale du moment fait la part belle à « l’exacerbation du replis identitaire », la Francophonie se trouve face à un nouveau défi. Le processus de mondialisation peut entraîner « un sentiment de perte de repères spatiaux, temporels mais aussi une perte de repères politiques et culturels ». Ces phénomènes ouvrent la voix à « une tendance au repli, à  la rétraction identitaire et à l’exacerbation des différences ». Passerons-nous « d’un village planétaire à une planète de villages ? ».

 Perspectives futures

Pour Monsieur Duhaime, dans ce contexte, le rôle de la Francophonie n’en est que plus important et dépasse même le simple combat pour la reconnaissance de la particularité linguistique. Fondée sur le dialogue interculturel, la Francophonie peut et doit «  rassembler et mobiliser face aux différences ». Se voulant une force de rassemblement, l’action de la Francophonie auprès de l’UNESCO pour l’adoption d’une charte sur la diversité culturelle a été déterminante et prouve son engagement.

Les multiples activités organisées par l’OIF témoignent de sa volonté de promouvoir la diversité culturelle. Citons pour exemple les Jeux de la Francophonie (dont les prochains auront lieu à Abidjan en 2017) ou encore le Forum mondial de la langue française.

En outre l’OIF se targue d’avoir un rôle diplomatique. En effet à plusieurs reprises elle a servi de médiateur et d’espace de dialogue. Le sommet de la Francophonie, qui regroupe les Chefs d’Etats de gouvernements des pays membres, est l’occasion d’établir un dialogue. Les valeurs défendues par la Francophonie – la paix, la démocratie, les droits de l’Homme, la sécurité, la bonne gouvernance et le développement durable – servent de moteur à l’action internationale de l’OIF. Bien sûr, ce sont des valeurs génériques, mais elles traduisent la volonté de l’OIF de s’impliquer dans les affaires du monde. Ainsi elle est régulièrement observatrice lors d’élections dans des pays membres de la Francophonie.

Malgré ce beau portrait, la Francophonie doit faire face à des défis pour l’avenir. Depuis sa création l’organisation court après les financements.  Avec un budget annuel de 80 millions, l’OIF n’est donc pas en mesure de jouer pleinement son rôle. Ce n’est pas le contexte mondial actuel et les politiques économiques qui en découlent qui vont aider à remplir les caisses de l’OIF.

Pour Monsieur Duhaime, le manque de visibilité de l’OIF est l’autre gros défi. 80% de la revue de presse effectuée par la Francophonie est africaine. Dans cette perspective elle éprouve des difficultés à convaincre les “pays du Nord” de son intérêt. C’est un véritable frein pour sa visibilité médiatique. En outre certains déplorent qu’un pays comme le France ne fasse pas de la francophonie un axe fort de leur politique étrangère. Rendre la Francophonie plus visible, notamment grâce aux médias, pourrait encourager les politiques à davantage prendre en considération les bienfaits de l’OIF.

Pour avoir une idée plus précise de l’action de l’OIF :

http://www.francophonie.org/

NB : l’ensemble des phrases mises entre parenthèses proviennent de l’intervention du 17 février de Monsieur Clément Duhaime.

16 February 2015 | Thomas Casaux
Petit point sur les relations Québec-France.


Crédit : Patrick Lachance / Ministère du Conseil éxecutif
Crédit : Patrick Lachance / Ministère du Conseil éxecutif

Par Thomas Casaux, chargé de projets au GERIQ.

Un nouvel accord sur la mobilité étudiante au niveau universitaire.

Lors de sa visite au Québec en novembre 2014, François Hollande avait discuté avec Philippe Couillard de la volonté du Québec de revoir à la hausse les frais de scolarité des étudiants français venant étudier au Québec. L’objectif étant d’aligner les droits des français sur les droits des Canadiens non-résidents au Québec venant étudier dans une université québécoise. Depuis une entente signée en 1978, les étudiants français bénéficiaient des tarifs québécois.

Dans cette perspective la France et le Québec ont annoncé le 12 février la conclusion d’un accord qui conduira à la signature prochaine d’une nouvelle entente sur la mobilité étudiante au niveau universitaire. Le contenu de cette nouvelle entente doit rentrer en vigueur pour la rentrée universitaire de septembre 2015.

Évidemment si l’accord revient en parti sur un avantage qui symbolise la relation Québec-France au niveau universitaire, le contenu de la nouvelle entente n’apparaît pas comme étant un si grand retour en arrière. Les étudiants français déjà présents au Québec continueront de bénéficier des mêmes droits que les étudiants québécois. Seuls les nouveaux étudiants français qui vont s’inscrire à un programme de premier cycle à la rentrée d’automne 2015 seront soumis aux tarifs qui prévalent pour les étudiants Canadiens non-résidents au Québec (environ 6650$). Les Français qui commenceront des études de deuxième ou troisième cycle continueront à payer les mêmes frais de scolarité que les Québécois.  On attend de voir les effets de cet accord à long terme sur la venue de français au Québec, qui selon la ministre des Relations Internationales du Québec Christine Saint Pierre, seront nuls. On peut en douter.

Pour plus d’information :

http://www.international.gouv.qc.ca/fr/paris/actualites/15040#

Cette initiative du gouvernement Couillard a fait grincer les dents des défenseurs de la relation particulière qui existe entre la France et le Québec. Cette décision traduit-elle le manque d’intérêt de l’actuel premier ministre pour les relations Québec-France ? Le prochain voyage de Philippe Couillard apportera peut-être une réponse.

Philippe Couillard en mission en France en mars

La volonté unilatérale du gouvernement Couillard de modifier le contenu de l’entente sur les échanges universitaires au nom du retour à l’équilibre budgétaire n’avait pas manqué de froisser la France. La prochaine visite de Philippe Couillard en France en mars arrive donc à point nommé. Déjà accusé de son manque d’intérêts apparent pour les affaires internationales, la rencontre entre le maire de Montréal Denis Coderre et François Hollande le 2 février n’a pas arrangé les choses. En effet certains avaient noté l’accueil réservé à Denis Coderre, qui aurait été reçu comme un premier ministre.

Philippe Couillard se rendra en France du 2 au 6 mars prochain pour y rencontrer le premier ministre français Manuel Valls. Il s’agira de sa première mission officielle en France qui intervient à l’ occasion de la 18e rencontre alternée des premiers ministres français et québécois. Il sera accompagné d’une délégation ministérielle et  d’affaires. Le programme n’est pas encore connu. On sait juste que le premier ministre passera la majorité de son temps à Paris et se rendra à Bordeaux où doit avoir lieu des activités qui porteront sur la recherche, l’innovation, la culture et la coopération interuniversitaire. Bref les éléments structurants de la relation franco-québécoise.

Que faut-il attendre de cette visite ?

Cette visite ne représente finalement pas grand-chose d’original dans la mesure où elle s’inscrit dans le processus de visite alternée décidé par René Levesque, alors premier ministre du Québec, et le premier ministre français de l’époque Raymond Barre. Ces rencontres se concluent généralement par la signature d’ententes bilatérales. On peut penser que la nouvelle entente en matière d’échanges étudiants sera signée à ce moment-là.

Pourtant le futur voyage en France de Philippe Couillard va permettre d’avoir un aperçu de l’état des relations Québec-France, qui en ce moment avouons-le, ne paraissent pas soulever des passions des deux côtés de l’atlantique. Le peu d’intérêt que semble manifester Philippe Couillard pour les affaires extérieures n’y est peut-être pas étranger. On attend avec impatience les détails du programme de ce voyage et surtout les retombés. On guettera également les premiers contacts entre Philippe Couillard et Manuel Valls, qui vont se rencontrer pour la première fois lors de cette visite. De bons rapports  sont la clé de relations diplomatiques productives. On sait combien les rapports personnelles ont été le moteur des relations entre la France et Québec par le passé.

Pour en savoir plus sur les relations Québec-France :

http://www.consulfrance-quebec.org/Histoire-des-relations-bilaterales

 

12 February 2015 | Thomas Casaux
Le Québec à l’assaut du marché indien


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Par Thomas Casaux, chargé de projets au GERIQ.

L’institut d’études internationales de Montréal (IEIM) et le Centre d’études et de recherche sur l’Inde, l’Asie et sa diaspora (CERIAS) ont organisé le 12 février un panel sur les relations entre l’Inde et Québec. Ce fut l’occasion d’en savoir plus sur l’action du Québec en Inde. Car oui cela peut paraître surprenant, mais le Québec dispose d’une représentation à Mumbai, poumon économique de l’Inde. Le Québec ne compte pas passer à côté des opportunités qu’offre l’immense marché indien.

Des relations récentes et pleines de promesses

Des propres mots de David Ruiz, de la direction Asie-Pacifique du Ministère des Relations Internationales du Québec, les relations entre l’Inde et le Québec sont “jeunes, dynamiques et en constante progression”. En effet le Bureau du Québec à Mumbai a ouvert ses portes en 2008 et compte désormais 8 membres qui ont pour mandat de promouvoir le commerce, l’investissement et la coopération dans les domaines de l’éducation, de la recherche, de la science et de la technologie. L’ouverture d’un bureau en Inde s’insère dans “la Politique Internationale du Québec : la force de l’action concertée”, présenté en 2006, qui fixe  les objectifs et les priorités de l’action du gouvernement du Québec sur la scène internationale. Un des objectifs étant de cibler cinq marchés porteurs que sont le Mexique, le Japon, la Chine, l’Inde et le Brésil afin d’offrir de nouveaux débouchés à l’économie québécoise.

Depuis l’ouverture du bureau en 2008, le Québec se démarque des autres provinces canadiennes par son activisme en Inde. En effet depuis 2006, 6 missions ministérielles québécoises se sont rendus en Inde, dont 2 avec le premier ministre. En février 2010 le premier ministre Jean Charest s’était rendu en Inde avec une délégation commerciale composée de 130 hommes d’affaires. Il avait pu rencontrer le premier ministre indien, le Dr Manmohan Singh. Cette visite avait  débouché sur trente-trois ententes et annonces entre des partenaires québécois et indiens. L’activisme québécois porte ses fruits.

Quelques chiffres clés

La signature d’ententes et d’actes concertés traduisent une volonté politique commune de resserrer les liens afin de favoriser les échanges économiques. Bien sûr il ne s’agit pas de chiffres astronomiques, mais les résultats sont là. Pour Jason Naud, de la Secteur innovation et Partenariats internationaux du Ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportation,  la progression d’année en année est encourageante. Les exportations du Québec vers l’Inde ont doublé en 6 ans pour atteindre près de 500 millions de dollars. De plus les relations économiques entre l’Inde et le Québec représentent 16% des relations économiques Inde-Canada. En 2013, les échanges commerciaux de marchandises entre le Québec et l’Inde se chiffraient à 1 milliard de dollars tandis que  la valeur des importations de marchandises du Québec en provenance de l’Inde s’établissait à 644,6 millions de dollars. L’Inde est le 16e partenaire commercial du Québec à l’échelle mondiale.

Pour inciter les entreprises québécoises à investir en Inde, le Ministère de l’Economie, de l’innovation et des Exportations à mis en place un ensemble d’initiatives pour que le marché indien, immense et lointain, devienne accessible aux entrepreneurs québécois. Le but étant de “soutenir les démarches des entreprises innovantes souhaitant développer des partenariats stratégiques en Inde”. Cela passe par exemple par l’envoie en Inde de missions portant sur les télécommunications (2007) et le multimédia (2008)  mais aussi par l’accueil de délégations indiennes qui depuis 2010 viennent au Québec pour établir des contacts avec de potentiels futurs investisseurs. Dans cette perspective plus d’un million de dollars ont été accordé par le Québec à 27 projets bilatéraux et multilatéraux, à des programmes de soutien à la recherche.

Les relations entre le Québec et l’Inde ne se limitent pas seulement aux échanges économiques. Par exemple en 2013 le Québec a signé une entente en matière de sécurité sociale avec le gouvernement central indien.  L’entente facilite la mobilité des travailleurs en coordonnant les régimes de sécurité sociale du Québec et de l’Inde. Des ententes entres des universités indiennes et québécoises encouragent les échanges étudiants tandis que le bureau du Québec à Mumbai organise des événements culturels pour diffuser la culture québécoise sur le sol indien.

Qu’on se le dise, le Québec entend bien saisir sa chance en Inde !

Pour en savoir plus :

http://www.economie.gouv.qc.ca/objectifs/exporter/pays-et-territoires/asie/inde/

http://jflisee.org/le-quebec-en-inde-letonnante-presence-dun-lilliputien/

 

Participants au Panel spécial relations Inde-Québec :

Marie-Michèle Brien, Export Québec, Ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations
Jason Naud, Secteur innovation – Partenariats internationaux, Ministère de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations
David Ruiz, Direction Asie-Pacifique, Ministère des Relations internationales et de la Francophonie
D. P. Jain, président, Chambre de commerce indocanadienne
Rajesh-Kumar Tyagi, professeur adjoint, HEC Montréal